Activiste de la Société civile depuis bientôt trente ans, Aboubakkar Limbisa est l’un des responsables de la Maison des droits de l’homme en RDC (Fondation Carter). Dans cette interview, il se prononce sur le combat des Forces vives de la Nation pour gagner leur place au sein du bureau de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI).
Quelles structures pilotez-vous ? Au démarrage du processus électoral et référendaire en RDC, en juin 2005, j’avais animé le Réseau International de Paix (REPAX), une organisation citoyenne qui a pris en charge les activités de la sensibilisation civique et électorale sur fonds volontaires. Nous avons construit un esprit qui permet au Congolais de croire à la démocratie dans ce pays et d’adhérer à la thèse selon laquelle l’organisation des élections, avec les moyens de bord, n’est pas une utopie en RDC. Après le référendum constitutionnel, l’organisation prendra corps et s’appellera Kiosque d’information électorale et d’éducation à la citoyenneté de proximité (Kiep). De par son approche de communication sociale et de sensibilisation de proximité, le Kiep a favorisé le rapprochement de l’information électorale de l’électorat par l’ouverture des points de lecture, des clubs d’écoute et des clubs d’animation culturelle. Porté actuellement par les grands ensembles du mouvement associatif congolais, le Kiep a été intégré dans le circuit de grands mouvements citoyens africains «The African Movement of Granroots non State Organisations» (AMGO), membre actif de la Société civile populaire, responsable moral de l’initiative Concertation des Forces vives - projet de loi sur la CENI. Pourquoi vous impliquez-vous autant dans la question de la CENI? La politisation à outrance de la CENI, avec, à la clé, l’exclusion de la Société civile du bureau, pourrait avoir des effets néfastes sur la paix, la concorde nationale et la sécurité du pays. Ainsi, elle pourrait entamer sa crédibilité vis-à-vis de certaines institutions partenaires de la RDC, en l’occurrence la SADC qui recommande l’intégration effective et active de la Société civile dans les structures d’appui à la démocratie. Quels sont les articles qui posent problème ? Il y a l’article 7 qui concerne la désignation des animateurs de la CENI. Cet article prévoit 7 membres, dont 4 désignés par la Majorité parlementaire et 3 par l’Opposition au niveau de l’Assemblée nationale. La désignation des membres de la CENI tient compte de la représentativité nationale dont celle d’une femme. Plus loin, il y a l’article 9 qui parle de la désignation d’une personnalité indépendante. Une personne portée au bureau par l’opposition ou par la majorité peut-elle être indépendante? La réponse est claire : c’est non. Cette personne restera liée et redevable au camp qui l’a portée au bureau. C’est une distraction de prétendre que l’opposition ou la majorité peut désigner une personne indépendante. D’après vous, qui a proposé l’exclusion de la Société civile du bureau de la CENI ? C’est le gouvernement qui a proposé ce schéma suicidaire, un schéma qui va nous amener à la catastrophe dans un pays où les acteurs politiques se recherchent en terme de culture démocratique. Nous ne pouvons pas cautionner un tel schéma où nous n’avons que des acteurs politiques pour gérer une institution appelée à organiser des élections qui se veulent libres, transparentes et démocratiques. La Société civile est une force tampon qui a fait ses preuves depuis la Conférence nationale souveraine (CNS), en passant par la consultation organisée par les confessions religieuses et dernièrement lors du Dialogue intercongolais à Sun City, en Afrique du Sud. Chaque fois qu’il y avait dissensions, des divergences de vue au niveau de la classe politique, ce sont les chefs spirituels qui se retrouvaient pour ramener la situation à la normale. Que préconise la Société civile ? Nous devons d’abord nous organiser. A ce sujet, nous allons contacter les chefs des confessions religieuses pour obtenir leur quitus du moment où nous avons obtenu leur caution morale. Nous rencontrerons les grands courants du mouvement associatif, du mouvement syndical et de la société savante. Une fois que tous ces courants contactés, vont adhérer à la démarche, nous nous réunirons en présence des observateurs nationaux et internationaux pour élever la voix. Quels sont les partenaires qui vous soutiennent financièrement ? Ce combat exige des moyens pour porter la voix de la Société civile et de la femme congolaise sur la place publique. Le programme de gouvernance politique du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) soutient notre action. C’est le seul partenaire qui appuie le volet couverture médiatique. Mais il y a aussi le cadre de travail, c’est-à-dire la salle de réunion, qui est offerte gratuitement par la Fondation Carter. Quels sont les enjeux de cette démarche ? Le combat de la Société civile doit aboutir et aboutira positivement. Pour y arriver, nous devons taire nos divergences. Nous demandons à toute la population, à toutes les organisations de la Société civile de s’inscrire dans cette logique-là. C’est en restant unis que nous sommes forts et que nous pouvons faire face à la machination, à la manipulation politicienne de la société politique. Interview réalisée par Nickel WALO
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