Budget 2009 : le projet Muzito passe avec retouche

Le Premier ministre Adolphe Muzito a présenté, le 2 décembre 2008, le projet du budget de l’Etat de l’exercice 2009 à l’Assemblée nationale. Financé à concurrence de 55,6 % en ressources propres,  de 34,4% en ressources extérieures (dont 7,5% pour le PPTE) et de 10 % en ressources locales des provinces, il se chiffre à 4 milliards 900 millions de dollars américains.

Le chef du gouvernement congolais a articulé son budget autour de cinq axes prioritaires dont la restauration de la paix à l’Est du pays et la réalisation de grands travaux à impact visibles à travers le cinq chantiers de la République. Il promet la poursuite des réformes engagées et l’exécution satisfaisante du programme économique suivi par les partenaires au développement pour arriver à normaliser les rapports avec les institutions de Bretton Woods.
Adolphe Muzito circonscrit le projet du budget 2009 dans le contexte économique national et international. Ce projet de budget comprend les recettes courantes (ou recettes propres) et les recettes extérieures. Les recettes propres sont évaluées en franc congolais à 1.600,9 milliards, soit 2,76 milliards de dollars américains. Elles connaissent un taux d’accroissement de l’ordre de 32,1% par rapport au budget 2008. 

Réactions
Le budget présenté par le gouvernement Muzito est jugé irréaliste, non réalisable et antisocial par les députés de l’opposition. Pour le président du groupe parlementaire du Mouvement de Libération du Congo (MLC), François Muamba, «les mauvaises habitudes ressurgissent dans toutes les formules du gouvernement Gizenga I, II et III sans Gizenga».  Ancien ministre du Budget, il a relevé que «le bon comportement de l’Office des Douanes et Accises (OFIDA) au cours de l’exercice du budget 2008 n’était pas dû à sa capacité de mobiliser des recettes, mais plutôt au fait que les mines étaient cotées en hausse sur le marché international».
Autre cadre du MLC, Clément Kanku a indiqué que ce budget ne tient pas compte du cadrage macroéconomique. «Il tombe comme un cheveu dans la soupe… Le taux de change qui est appliqué dans ce budget n’est pas réaliste… Le dollar se change actuellement à 600 FC, tandis que le taux appliqué dans le budget est de 580 FC», a-t-il expliqué.
Du côté de l’Alliance de la majorité présidentielle (AMP), le discours est favorable au projet du budget présenté par le gouvernement. Les députés de cette famille  politique croient que ce projet doit être adopté moyennant quelques correctifs. Avec un taux de croissance de 9%, un taux déflateur du PIB  de 8,9%, un taux moyen d’inflation de 15%, un taux d’inflation fin période 11,5%,  soutient-on à l’AMP, ce budget répond aux besoins des Congolais.
 «On ne pourra jamais, au regard de tout le retard qu’on a accumulé dans l’amélioration du vécu quotidien de nos populations, apporter des solutions totales et définitives dans un budget comme celui-ci», a déclaré Jean-Marie Kamoni, député du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD). Pour lui, l’essentiel demeure les améliorations faites pour répondre aux attentes, notamment des fonctionnaires, des militaires, des policiers.
Dans le camp des députés non inscrits, le projet peut passer; mais en y apportant des améliorations, notamment en augmentant les fonds d’investissement. «Le budget n’est pas à la taille du pays, note le député Prince Sylvestre Makila.Le gouvernement ne mobilise pas suffisamment de recettes de recettes internes, encore moins des ressources extérieures». Selon lui, l’Exécutif doit mettre beaucoup d’argent dans le budget d’investissement pour que l’enveloppe soit consistante. «Nous devons investir, oser, avoir un budget audacieux dans le cadre des investissements», a conclu l’élu de la ville de Bandundu.
En dépit du rejet du projet par les députés de l’Opposition, ceux de la majorité ont proposé qu’il soit envoyé à la Commission économico-financière de l’Assemblée nationale pour des aménagements nécessaires.

Précisions du gouvernement
Répondant le 8 décembre 2008 aux questions des députés, Adolphe Muzito a indiqué que son gouvernement s’est doté d’un budget réaliste, en progression permanente par rapport aux budgets précédents. «Le budget 2009 répond aux hypothèses arrêtées avec les partenaires extérieurs et s’appuiera sur une politique budgétaire prudente», a-t-il affirmé. Quid du salaire des fonctionnaires de l’Etat? «Comme la plus belle fille du monde, le gouvernement ne donnera que ce qu’il a», a tranché le Premier ministre. Toutefois, il a promis que son gouvernement apportera progressivement des solutions au barême de Mbudi. En attendant, le successeur d’Antoine Gizenga a souligné qu’en ce qui concerne le paiement de salaires des fonctionnaires et agents de l’Etat, les militaires et policiers compris, il faut tabler sur 1 million d’unité. La masse salariale s’élève à 2 milliards de USD, soit la hauteur des ressources propres du budget 2009. 
Auparavant, il est longuement revenu sur l’exécution du budget 2008. A ce sujet, Adolphe Muzito a reconnu qu’en matière de dépenses, certaines avaient été effectuées en dehors de la chaîne des dépenses. Par ailleurs, il a reconnu la pertinence des interrogations de certains députés sur la gestion de la Banque centrale du Congo qui présente des déficits chroniques. Le chef du gouvernement a annoncé la réforme de l’institut d’émission pour rationaliser sa gestion.
A propos des recettes à retrocéder aux provinces, Adolphe Muzito a fait état des efforts fournis par le gouvernement ces deux dernières années. Pendant cette période, a-t-il indiqué, les provinces ont bénéficié  de 100 millions, puis de 200 millions de dollars, en plus des dépenses engagées par le pouvoir central pour le paiement des salaires du personnel de l’enseignement et de la santé affectés en provinces.
Déclaré recevable, le projet du budget 2009 a été transmis à la Commission économico-financière de l’Assemblée nationale. Cette dernière devrait apporter des aménagements en tenant compte des amendements et recommandations des députés.
Concluant le débat sur le projet du budget, le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, a exhorté le Premier ministre à éviter des contradictions sur les contrats chinois ; de préciser les stratégies du gouvernement en matière de chômage et face à la baisse des cours de minerais sur le marché international et d’être plus précis en matière de dépenses de «souveraineté nationale».Vital Kamerhe a, au nom de son institution, recommandé l’audit de la Banque centrale. A ce sujet, il a rassuré le Premier ministre de la contribution de l’Assemblée nationale aux enquêtes parlementaires en vue de la bonne gouvernance.
 Jean-René TSHIAMA