Désiré Kazadi : «La RDC devra appliquer les dispositions sur le respect des droits de l’homme»

Directeur de l’Organisation non gouvernementale «Journaliste pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme» (JPDH), Désiré Kazadi coordonne également le Réseau des journalistes pour la justice transitionnelle. En marge de la Journée des droits de l’homme, il analyse la situation en RDC.

Que fait concrètement JPDH ?
C’est un regroupement des journalistes qui couvrent le secteur des droits de l’homme. Comme les autres ONG, notre structure est plus orientée dans la dénonciation des violations des droits de l’homme. Elle alerte également l’opinion lorsque certains droits fondamentaux sont violés. Membre du Réseau  des ONG des droits de l’homme du Congo (RENADHOC) qui lutte contre l’impunité, elle compte en son sein des journalistes, mais aussi des juristes qui avaient concouru à la conception et à l’adoption de ses statuts.

Le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme est fêté cette année. Quels sont d’après vous les principaux droits stipulés dans ce document?
En parcourant la Déclaration universelle des droits de l’homme, on constate que tous les droits fondamentaux de l’homme se recoupent en trois types de droits avec des spécificités. Les droits civils et politiques, qui sont intimement liés, sont mis ensemble. On a les droits socio-économiques dans un  même groupe. Enfin, on a les droits culturels.

Quelle lecture faites-vous du respect des droits de l’homme en RDC?
Le tableau n’est pas aussi reluisant.JPDH a épinglé beaucoup de cas de violation des droits de l’homme. Même si nous ne les mettons pas sur la place publique, au moins, nous établissons un  répertoire. Des rapports publiés récemment ont démontré que les droits de l’homme ne sont pas non plus respectés en RDC. Je prends le cas du droit social et économique. Pendant que certains responsables politiques ont un salaire mensuel de 5.000 $US, le fonctionnaire, lui, doit se contenter de 10.000 francs congolais (près de 20 $US). Il y a donc des inégalités sociales à ce niveau-là. Or, être bien rémunéré est considéré comme le droit le plus élémentaire au-delà des autres droits qui sont aussi importants. En ce qui concerne les droits civils et politiques, à JPDH, nous notons que la liberté d’expression est mise à mal. Aujourd’hui, certaines personnes qui ne pensent pas comme ceux qui sont au pouvoir sont taxées de «collabos» ou de relais des Occidentaux. Les médias ne sont pas épargnés. Onze confrères de la télévision nationale viennent d’être suspendus pour avoir diffusé des images des Congolais qui manifestaient en Europe. JPDH dénonce cette façon de voir les choses et s’associe à la dynamique enclenchée par les ONG de défense de la liberté de la presse. Il y a donc là un problème de la liberté d’opinion qui se pose. Il revient aux gouvernants, censés organiser la société de par leurs prérogatives régaliennes, de tout mettre en œuvre pour que les dispositions de la Constitution concernant les droits de l’homme dans l’ensemble soient effectivement appliquées.

Quel est l’apport de JPDH dans la lutte pour le respect des droits de l’homme en RDC?
Notre méthodologie de travail est la suivante : nous alertons l’opinion et faisons des plaidoyers sur des thèmes qui se rapportent à la question des droits de l’homme. Lorsque le ministre de la Justice de l’époque, Symphorien Mutombo, avait déposé une série de propositions de loi à l’Assemblée Nationale pour examen et adoption, nous avions salué l’initiative. Mais, nous veillons au grain. Nous craignons que toute cette série de projets ne puissent moisir dans les sacs des députés. JPDH et les autres structures souhaitent que ces projets de loi, une fois examinés et adoptés par les deux chambres du Parlement, permettent d’avoir des structures démocratiques qui garantissent une bonne justice aux citoyens congolais. En clair, le gouvernement est appelé à organiser notre justice. Par ailleurs, nous sommes en train de chercher à savoir où on en est avec le projet de loi de mise en œuvre du statut de Rome. Car ce projet est un arriéré législatif important. Nous devons nous y référer afin que notre système de justice puisse être compétent pour connaître les crimes qui relèvent de la Cour Pénale Internationale. Si cette loi est adoptée au niveau du Parlement, nos tribunaux civils seront compétents pour  instruire des crimes internationaux. 

La sécurité des personnes et de leurs biens est mis à mal à cause du phénomène «kuluna». Que préconisez-vous pour mettre fin à ce type d’impunité?
JPDH commence d’abord par déplorer le phénomène «kuluna». C’est un fait assez répandu dans la cité où l’on voit des jeunes gens drogués s’en prendre à tout le monde ou se livrer à des combats de rue. Ce phénomène est la conséquence logique de la mauvaise gestion de la cité. Car la politique est par essence définie comme la science de la gestion de la cité. Lorsque  l’Etat ne met pas sur pied une politique d’encadrement, de scolarisation, d’éducation assez efficiente, il faut s’attendre à ce genre de pratiques dans les milieux des jeunes. De leur côté, mal payés, les parents ont démissionné de leur rôle d’encadrer et d’éduquer leurs enfants. Abandonnés, ces jeunes se rabattent sur des paisibles citoyens. Au niveau de JPDH, nous estimons que l’Etat et les parents en partagent la responsabilité.
Interview réalisée
par Mariette NGELEKWA