Butembo : l’aide discrète et efficace des habitants aux déplacés peu médiatisée
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Rarement médiatisé, l’élan de solidarité des populations congolaises pour les milliers de déplacés qui fuient la guerre à l’est de la RDC est pourtant remarquable. Leur aide est aussi précieuse que celle des humanitaires souvent tardive. Reportage à Butembo où des familles accueillent ces infortunés.
Le temps est chaud ce 24 novembre. Sur l’avenue président de la République, au centre-ville de Butembo, localité située à 320 km de Goma, une file de gens se forme devant l’enclos en bois de quinquina qui abrite le bureau de la Mission d’Aide aux Déplacés (MAD), une petite ONG locale. Dans la petite cour, une centaine de déplacés de guerre, pauvrement vêtus, sont assis la plupart à même le sol, l’air hagard. Ils viennent ici se faire identifier pour obtenir, au bout d’une procédure harassante passée sous un soleil de plomb, un petit jeton qui devrait leur donner droit à l’aide humanitaire. Arrivés fin octobre à Butembo après avoir fui Rutshuru, tombé entre les mains des rebelles du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP), Mumbere Vahira, sa femme Irène Kavuo et leurs trois enfants ne sont jusque-là pris en charge par aucun organisme. «Nous sommes logés dans la cuisine d’une famille de bonne volonté à Musimba (un quartier de la ville, NDLR) et seule la solidarité nous fait vivre», explique l’homme, qui affirme n’avoir aucune connaissance dans la ville. Dans la foule, un enfant d’environ 5 ans pleure à tue-tête. Il ne sait pas retrouver sa mère. Secrétaire exécutif de MAD, Vianey Lukula est débordé. «Jusque-là nous avons identifié 951 ménages. Des civils et des épouses des militaires confondus», explique-t-il, visiblement fatigué. «Nous sommes un peuple solidaire» Quand ces centaines de déplacés sont arrivés à Butembo, seule une dizaine de familles ont accepté de s’installer à Matoto, une concession mise à leur disposition à plus de 10 km à l’ouest de la ville. «Que voulez vous qu’on aille faire là-bas? Il n’y a même pas une bâche où s’abriter. Et rien d’autre. Ici, on peut bénéficier de la charité des passants», avoue Chantal Mwelu, une femme qui a préféré rester dans un parking, avec ses deux enfants. Elle passe la nuit à la belle étoile dans ce parking où elle attend, comme d’autres, que se mette en place le programme de distribution de l’aide humanitaire. Une aide qui tarde, comme le confirme une représentante du Comité International de la Croix-Rouge (CICR). «Nous traitons encore les données de terrain, le reste viendra ensuite…», dit-elle, très choquée par la situation. En attendant, les autorités locales ont mis en place une cellule de crise. Elle collecte auprès des habitants des vivres et autres produits à redistribuer aux déplacés. Quelques tonnes d’aide ont déjà été données de bon cœur : des sacs de haricots et de pommes de terre, ainsi que des vêtements. Au seul marché central de la ville, près d’une tonne de vivres ont été récoltés en trois jours. «Nous sommes un peuple solidaire», clame le maire intérimaire de Butembo, Godefroid Matimbya. Cet élan de solidarité est encore plus perceptible dans les quartiers de la ville où des familles acceptent d’héberger chez elles des déplacés, parfois dans un coin de cuisine. D’autres sont logés dans des chantiers inachevés, dans des écoles. A Rwenda, des familles passent la nuit à l’école primaire avant de laisser la place le matin aux élèves. Le jour, elles font le porte-à-porte pour proposer un petit boulot, juste pour avoir de quoi manger. «Je suis arrivée ici sans rien et jamais je n’avais cru y survivre. Je vis grâce à la solidarité des habitants», raconte Cécile Bwinja, qui a fui avec ses quatre enfants la localité de Kiwanja, où les rebelles sont accusés d’avoir commis des massacres. Témoignages terrifiants Ces déplacés font des témoignages toujours terrifiants. Alors qu’ils essayent de trouver de l’aide, ils revivent les souvenirs des traumatismes subis dans leur fuite. Faida Mwambusa ne s’explique pas ce qui s’est exactement passé le 28 octobre chez elle, à Jomba, à 270 km de Butembo. De retour du marché, «je suis arrivée affolée à la maison. Là, j’ai retrouvé mon mari gisant au sol, dans la cour de la parcelle. Je ne sais pas qui l’a tué, mais il y avait des combats». Elle n’a eu que le temps de prendre ses deux enfants et de s’enfuir, traversant à pied le Parc des Virunga jusqu’à Kanyabayonga. «Nous les avions accueillis sous la pluie devant le bureau de la Croix-Rouge», témoigne Elisa, chargée du volet médical au Centre hospitalier de la FEPSI (Femmes engagées pour la promotion de la santé intégrale). Chaque déplacé de guerre a ainsi son histoire. Ils racontent avoir été témoins et victimes des pires sévices aussi bien de la part des rebelles du CNDP que des soldats de l’armée gouvernementale (FARDC). «Ils ont égorgé le fils de mon voisin à la machette, très froidement…», raconte Georgette Bizeimana. Cette dernière, comme de nombreux déplacés n’est pas prête à regagner son milieu d’origine, aussi longtemps que la paix n’est pas revenue. Kennedy WEMA InterCongo media/Syfia
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