Bandundu : les femmes des médias de Kikwit se liguent contre les violences faites à la femme

A Kikwit, dans la province du Bandundu, les femmes des médias se sont liguées pour animer ensemble des émissions à téléphone ouvert dans leurs radios respectives contre les violences faites aux femmes. Une initiative courageuse qui provoque un déclic dans le comportement de certains auditeurs.

Arrosée par six radios communautaires et associatives et une radio publique, Kikwit, deuxième ville de la province du Bandundu, située à plus de 500 km de Kinshasa, vit une expérience médiatique peu ordinaire. Depuis janvier 2008, une dizaine de femmes des médias locaux animent des émissions conjointes sur leurs antennes pour dénoncer et combattre un fléau qui menace leur société. «Nous sommes en guerre contre les violences dont les femmes sont de plus en plus victimes. Nous sensibilisons tout le monde, hommes et femmes, pour que tous changent de comportement», explique Chantal Kindundu de la radio diocésaine Tomisa, à l’origine de cette initiative.
Regroupées au sein de l’Association des femmes des médias de Kikwit (AFMKI), ces dames produisent, une fois par semaine une émission sur un thème lié aux différentes formes de violences faites à la femme : sexuelles, psychophysiques ou morales, socioculturelles... Des invités y prennent une part active. Elles passent à tour de rôle, en direct et à téléphone ouvert sur les ondes des radios Tomisa (catholique), Sango Malamu (protestante), la radio communautaire musulmane et sur l’antenne locale de la RTNC (publique). Depuis début 2008, les dates importantes comme la célébration de la Journée internationale de la femme (8 mars) et la Journée internationale de la femme rurale (15 octobre) ont été mises à profit pour attirer l’attention de l’opinion sur cette épineuse question de société.

Viols épouvantables
Lors d’une émission diffusée le 8 mars, l’association a parlé sans tabou des violences sexuelles. Elle a notamment dénoncé le cas de Francine Nakakisala, une fille de 16 ans, décédée en 2005 après avoir été atrocement violée par un policier surnommé «48 heures». La mineure était détenue dans un cachot de Lukemi, une commune de Kikwit, pour une banale affaire d’injures publiques et de bagarre avec son copain. Ce viol meurtrier a choqué toute la ville. Car, une fois arrêté et jugé par la Cour d’ordre militaire, «48 heures» a pu, par la suite, s’enfuir. «Ce policier est-il parent ou pas?», avait interrogé au téléphone un auditeur. «Ce cas doit interpeller tout le monde. C’est un crime !», avait lancé, révoltée, Justine Kakesa, de la Dynamique de la jeunesse féminine congolaise, invitée de l’émission.
Les viols sur mineures sont nombreux et terrifiants. Mais, les sanctions à l’endroit de leurs auteurs ne sont pas toujours exemplaires. En octobre, lors de la Journée internationale de la femme rurale, l’AFMKI a, par exemple, épinglé le viol d’une fillette de 7 ans. Elle a été abusée par un jeune vendeur de 17 ans du marché central de la ville, à l’heure où ses parents étaient partis en forêt. Quand la police criminelle a mis la main sur lui, il a juste payé une amende pour obtenir sa mise en liberté.

Petits changements
Les émissions sur les violences psychophysiques et morales qui provoquent des traumatismes entre époux donnent lieu à des témoignages. Ils produisent un électrochoc chez certains auditeurs. Dans une correspondance adressée aux animatrices au mois de juillet, Marie Ndangala fait cet aveu : «Très souvent, mon mari m’injuriait et regrettait d’avoir épousé une femme qui n’a pas beaucoup étudié. Maintenant, il a commencé à changer de comportement».
Certaines traditions comme celles qui consistent à imposer des maris aux filles sont également passées au crible. «Le processus est long, mais certaines ethnies, surtout en ville, abandonnent progressivement ces vieilles coutumes», constate Mbuta Mwasi, dans ses commentaires sur les émissions de l’AFMKI.
Ces émissions sont appréciées du public. «Elles éveillent les consciences, car les cas de viol et autres violences majeures à l’endroit des femmes seront de plus en plus dénoncé», se réjouit Brigitte Mukwa, du service urbain Genre, famille et enfant. Elle note avec satisfaction que, grâce à ces émissions, les policiers ont cessé d’entonner des chants contenant des mots injurieux à l’égard de la femme.
Badylon KAWANDA
InterCongo media/Syfia